Ces dernières années, les découvertes scientifiques dans ce domaine se sont accélérées de façon inédite, portées par les chercheurs spécialisés qui étudient le microbiote intestinal et son influence sur l'axe intestin-cerveau. Autrement dit, le canal de communication bidirectionnel entre le tractus digestif et le cerveau. Pour un dirigeant dont la ressource critique est la qualité de sa cognition sous charge, ce n'est pas un sujet de bien-être : c'est un paramètre de performance.
Qu'est-ce que les psychobiotiques
Les psychobiotiques sont une classe de probiotiques qui agissent spécifiquement sur la santé mentale en influençant la production de neurotransmetteurs et en modulant l'axe intestin-cerveau. Cette connexion entre le ventre et le cerveau joue un rôle central dans la régulation des émotions et peut peser significativement sur l'état cognitif et la qualité de l'exercice du leadership.
Une frontière de la biologie de la performance
Le point d'entrée consiste à se familiariser avec l'intestin et à comprendre la relation entre ses micro-organismes, la fonction cérébrale et la santé mentale.
Premier ordre de grandeur : l'intestin abrite entre 10 et 100 billions de micro-organismes. Soit davantage de microbes que de cellules dans le corps entier.
Plus frappant encore, ces microbes possèdent collectivement environ 150 fois plus de gènes que notre propre génome.
Les scientifiques cherchent toujours à déterminer précisément quels microbes composent le microbiome humain. On estime déjà qu'il contient plus de 1 000 espèces et 7 000 souches distinctes de bactéries.
Autrement dit, l'intestin n'est jamais seul.
On ne pense pas spontanément à agir sur les microbes de l'intestin lorsqu'on cherche à améliorer les fonctions cérébrales et la santé mentale. C'est pourtant un levier à considérer.
À titre d'exemple, on estime qu'environ 90 % de notre sérotonine est produite dans l'intestin.
Et, via un réseau de communication bidirectionnel appelé l'axe cerveau-intestin-microbiote (BGM), cette sérotonine atteint le cerveau et modifie directement les niveaux de neurotransmetteurs.
Les recherches établissent également un lien entre les bactéries intestinales et l'activité des cellules cérébrales qui influencent l'inflammation et la neurodégénérescence.
On sait que les microbes intestinaux empêchent les agents pathogènes de franchir la barrière hémato-encéphalique pour atteindre le cerveau. Ils éliminent les déchets et assurent une part majeure du fonctionnement du système immunitaire.
Reste la relation entre le microbiote et les troubles psychiatriques.
Le microbiote intestinal a été associé à l'anxiété, à la dépression, à l'autisme, à la schizophrénie et aux troubles neurodégénératifs.
Un intestin en bonne santé conditionne un esprit en bonne santé
Un intestin en bonne santé est, selon les neurospécialistes, un facteur déterminant.
Le problème : la plupart d'entre nous présentent un microbiome déséquilibré, et ce déséquilibre commence parfois dès la naissance.
La colonisation initiale du microbiome (par l'accouchement vaginal et le lait maternel) est fondamentale pour le développement du cerveau au cours des semaines postnatales.
Or les pratiques hospitalières contemporaines peuvent laisser un grand nombre de personnes avec un microbiome compromis. On pense ici aux antibiotiques pré ou postnataux et aux césariennes qui ne permettent pas une inoculation suffisante.
Ajoutez à cela les dommages causés au microbiome par le chlore, qui peut traverser la peau lors de la douche. Une alimentation inadaptée, pauvre en fibres et riche en sucre et en graisses. Ou encore des aliments chargés de pesticides. Le résultat est un microbiome qui ne fournit pas à l'organisme ce dont il a besoin.
Comment agir sur les bactéries intestinales pour influencer le comportement
Comment évaluer l'état de son microbiome ?
Et comment modifier ses bactéries intestinales pour influencer favorablement son comportement, son humeur et sa santé ?
S'agissant d'intervenir sur l'intestin dans l'optique de moduler l'humeur, on entre dans le domaine des psychobiotiques.
Ces derniers se définissent comme « des organismes vivants qui, lorsqu'ils sont ingérés en quantité suffisante, produisent un effet bénéfique sur la santé des patients atteints de maladies psychiatriques ».
On ignore encore dans quelle mesure les probiotiques peuvent améliorer la santé mentale, mais certaines données suggèrent qu'ils favorisent l'équilibre émotionnel et réduisent les signes d'anxiété et de dépression.
À titre d'illustration, une étude de l'UCLA a conclu que « la consommation pendant quatre semaines d'un lait fermenté contenant des probiotiques par des femmes en bonne santé a modifié l'activité des régions du cerveau qui contrôlent le traitement central des émotions et des sensations ».
Si l'on est encore loin d'un usage de santé universel, des pionniers existent, parmi lesquels le centre Kellman, aux États-Unis, figure parmi les plus avancés.
Quels psychobiotiques sont les plus efficaces
Il existe des centaines de substances susceptibles d'améliorer la flore intestinale, mais les recherches montrent que toutes ne se valent pas en tant que psychobiotiques.
Au contraire, certaines se révèlent nettement plus efficaces pour améliorer le fonctionnement cérébral, ainsi que l'humeur.
Parmi les psychobiotiques qui soutiennent le plus l'activité mentale :
- Kéfir
- Bananes et pommes
- Aliments fermentés
Impact sur la santé mentale
- Réduction de l'anxiété et du stress : des études suggèrent que certains psychobiotiques contribuent à abaisser les niveaux de stress et d'anxiété, et donc à renforcer la résilience cognitive.
- Stabilisation de l'humeur : la régulation de l'axe intestin-cerveau peut également agir favorablement sur l'humeur et sur la maîtrise des émotions.
La recherche sur le lien entre santé intestinale et santé mentale ouvre une voie nouvelle, avec l'émergence des psychobiotiques. Ces probiotiques spécifiques, bénéfiques pour le cerveau, ont le potentiel de transformer la manière dont on aborde la performance des dirigeants, en plaçant la cognition sur un socle biologique plutôt que sur la seule force de volonté.
Psychobiotiques et performance executive
Intégrer la connaissance des psychobiotiques dans la préparation d'un dirigeant ouvre une approche peu explorée pour renforcer les capacités de leadership par l'amélioration de l'état cognitif :
Stratégies nutritionnelles structurées
- Orientation nutritionnelle : une approche informée des psychobiotiques permet d'orienter les choix alimentaires vers une meilleure santé intestinale et, par extension, une meilleure santé mentale.
- Protocoles alimentaires ciblés : construire des routines alimentaires qui intègrent des aliments riches en psychobiotiques pour soutenir l'équilibre mental et physique dans la durée.
Effets sur l'exercice du leadership
- Résilience émotionnelle : une meilleure santé mentale, par l'optimisation de la santé intestinale, renforce la capacité à encaisser la pression et les arbitrages difficiles.
- Clarté de décision : la réduction de l'anxiété et une humeur plus stable favorisent la clarté mentale, déterminante pour la prise de décision et la résolution de problèmes en Comex comme sous pression.
L'intégration des psychobiotiques dans la réflexion sur la performance des dirigeants représente une avancée prometteuse dans la compréhension du lien entre santé mentale et leadership. Un dirigeant qui adosse son hygiène cognitive à ces mécanismes biologiques peut non seulement préserver son propre fonctionnement, mais aussi exercer un leadership plus lucide, plus stable et plus résilient. Traiter la santé intestinale comme un paramètre de performance, et non comme un sujet périphérique, n'est plus une option marginale : c'est une composante de la biologie de la décision.
