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Neuroplasticité et performance des dirigeants : la biologie de la décision sous pression

Le professeur Brant Cortright, spécialiste des neurosciences et de la neuroplasticité, documente un effondrement silencieux de la santé cérébrale. Pour un dirigeant, ce n'est pas un sujet de bien-être : c'est le substrat biologique de votre clarté de décision.

30 mars 2025 · 8 min de lecture
Neuroplasticité et performance des dirigeants : la biologie de la décision sous pression

Le professeur Brant Cortright, auteur de référence sur les neurosciences et le pouvoir de la neuroplasticité, pose un diagnostic dont l'enjeu dépasse largement la santé individuelle. Pour un dirigeant, l'état de votre cerveau est le substrat de chaque arbitrage que vous rendez.

« Je pense qu'il y a plus de neurotoxines dans l'environnement qu'il n'y en a jamais eu auparavant… »

Anxiété, dépression et déclin cognitif : quel constat aujourd'hui

Ces trois phénomènes battent des records par rapport à ce qu'ils étaient il y a 50 ans. Les taux d'anxiété, de dépression et de déclin cognitif, y compris chez les jeunes, sont beaucoup plus élevés qu'auparavant.

Aujourd'hui, les écoliers présentent des taux d'anxiété huit fois plus élevés et des taux de dépression cinq à huit fois plus élevés.

Et ce n'est pas le produit d'un meilleur diagnostic. Ces conclusions découlent des mêmes tests standardisés que ceux utilisés dans les années 60.

Une femme sur quatre, entre 20 et 45 ans, prend un antidépresseur. Les taux d'Alzheimer sont cinq fois plus élevés qu'à l'époque.

Le constat est sans appel : ces troubles touchent désormais les populations les plus jeunes et progressent en flèche. Pourquoi ?

L'une des raisons tient à l'existence de mécanismes cérébraux communs derrière ces trois troubles. Ils mobilisent des mécanismes psychologiques différents, mais des mécanismes cérébraux similaires.

Il s'agit donc d'adopter une approche intégrale, qui considère l'individu dans son entièreté, comme un être psychophysique.

Nous ne pouvons être réduits ni à l'un, ni à l'autre.

Nous sommes des êtres multidimensionnels : nous existons simultanément à plusieurs niveaux, physique, émotionnel, mental et cognitif.

Tout ce que nous vivons, nous le vivons à travers le cerveau. La question est donc de comprendre comment un cerveau affaibli devient vulnérable à ces troubles, et comment une organisation interne fragmentée et fragile y est plus exposée.

Pour un dirigeant, l'enjeu est direct : il faut traiter les deux versants de la machine, la composante physiologique et la composante psychologique, parce que c'est cette machine qui produit vos décisions.

Quelle approche intégrale de la santé cérébrale

Après de nombreuses années comme thérapeute et professeur d'orientation transpersonnelle, je me suis toujours intéressé aux différents niveaux de conscience. Cette approche intégrale de la santé cérébrale s'intéresse avant tout à la conscience. On peut considérer la psyché comme la combinaison de plusieurs niveaux de conscience.

Nous avons le corps, le niveau « physique » de conscience dans lequel nous nous déplaçons et qui nous fournit l'information sensorielle.

Nous avons un niveau émotionnel, où nos capteurs émotionnels nous renseignent sur le monde et sur les personnes qui nous entourent, une information qu'aucun autre canal ne peut produire.

La manière dont nous nous sentons détermine, par ailleurs, la qualité de notre fonctionnement. Quand l'état interne est bon, le jugement est net. Quand il se dégrade, la perception du réel se brouille. Pour un dirigeant, c'est précisément ce qui sépare une lecture lucide d'une situation d'une décision biaisée par l'épuisement.

L'acuité mentale est un élément déterminant de notre perception du monde.

Ce sont des processus très différents qui se produisent à des niveaux distincts : cognitif, émotionnel et sémantique.

Jusqu'à récemment, je m'occupais davantage du versant psychologique que du versant physique, par exemple dans le cas de la dépression.

Deux théories s'opposent pour l'expliquer : soit une cause biologique est à l'origine de la dépression, soit un comportement inadapté l'engendre en entraînant des changements dans le cerveau.

On en revient à la question de la poule et de l'œuf.

J'en suis venu à penser qu'il s'agit en réalité d'une histoire de poule et d'œuf.

Conclusion : le trouble dépressif résulte de la conjonction des deux.

Que sont les neurotoxines et comment affectent-elles la neuroplasticité

Une forme de dysfonctionnement du cerveau s'installe aujourd'hui.

Je pense qu'il y a plus de neurotoxines dans l'environnement qu'il n'y en a jamais eu auparavant.

Nous en connaissons certaines : le mercure, l'aluminium, l'arsenic, le plomb. Mais il en existe beaucoup d'autres, non identifiées, non documentées.

Il y a aussi des neurotoxines émotionnelles, mentales et cognitives.

Et bien sûr l'alimentation. J'ai cherché à comprendre comment l'alimentation influence le cerveau, comment elle le construit, et quelles neurotoxines pèsent réellement sur lui.

Un point est déterminant : contrairement à une idée répandue, le cerveau n'est pas un ordinateur. C'est un processus vivant, en croissance et en mouvement permanents.

Il ressemble davantage à une vaste amibe qui établit sans cesse de nouvelles connexions avec elle-même, en fonction de l'environnement.

On connaît depuis des années la neuroplasticité, dite synaptogenèse. Mais la neurogenèse, la création de nouvelles cellules cérébrales, n'a été découverte qu'il y a une vingtaine d'années.

Au départ, les chercheurs n'en mesuraient pas l'importance. Puis ils ont constaté que le taux de neurogenèse et de neuroplasticité avait un impact direct sur notre fonctionnement.

Il apparaît que le taux de neurogenèse, c'est-à-dire la vitesse à laquelle le cerveau fabrique de nouvelles cellules et de nouvelles connexions, est le biomarqueur le plus important de la santé cérébrale, et celui dont la plupart des gens n'ont jamais entendu parler.

Quand le cerveau est vivant, en mouvement, avec un taux de neurogenèse élevé, le fonctionnement est optimal : l'attention est disponible, la décision est fluide.

Lorsque ce rythme neurogène ralentit, lorsque les mouvements du cerveau deviennent léthargiques, apparaissent l'anxiété, la dépression et le déclin cognitif. Et tout cela se joue au niveau de l'hippocampe.

Quel est le mécanisme de l'hippocampe

L'hippocampe est la seule partie du cerveau qui produit de nouvelles cellules cérébrales. Cette structure en forme de croissant de lune est répartie sur les côtés droit et gauche du cerveau.

Nous avons en réalité deux hippocampes.

L'un est impliqué dans le traitement des nouveaux souvenirs, l'autre dans la régulation des émotions.

L'hippocampe ne stocke pas les nouveaux souvenirs : il les traite, il les crée. Ainsi, lorsque le taux de neurogenèse est élevé, nous apprenons, nous sommes engagés. La mémoire est à la base de tout le sentiment du « moi ».

C'est pourquoi, dans la maladie d'Alzheimer qui attaque massivement l'hippocampe, les nouveaux souvenirs ne se forment plus. Et quand cela arrive, la fonction exécutive disparaît, la mémoire disparaît, le « moi » disparaît.

L'autre hippocampe est impliqué dans la régulation des émotions, en particulier de l'anxiété et de la dépression. Lorsque les taux de neurogenèse et de synaptogenèse sont élevés, nous sommes protégés contre le stress, l'anxiété et la dépression, et notre fonctionnement reste stable.

L'environnement neurotoxique dans lequel nous vivons presque tous aujourd'hui atteint la neuroplasticité et ralentit le taux de neurogenèse.

Presque tout le monde fonctionne à un régime où le niveau de neurogenèse et de synaptogenèse est inférieur à ce qu'il devrait être.

Les périodes difficiles font partie de l'exercice. Mais lorsque le cerveau fonctionne bien, nous ne paniquons pas : nous faisons face. Les revers arrivent, et nous nous en remettons. Pour un dirigeant exposé en permanence à l'incertitude, c'est exactement la marge dont dépend la capacité à encaisser un choc sans perdre le cap. D'où l'importance de travailler la neuroplasticité.

Comment le stress influence la neuroplasticité

Le stress devient une neurotoxine lorsqu'il est chronique.

Nous avons besoin d'une certaine quantité de stress. Le cerveau se développe grâce à un stress modéré et de court terme : cela augmente la neuroplasticité, la neurogenèse et la synaptogenèse. Le cerveau a besoin d'être mis au défi, et lorsqu'il l'est, il répond en faisant émerger ses propres potentiels.

Le cerveau veut être engagé dans le monde de cette manière. Ce n'est pas ce type de stress dont la plupart des gens se plaignent.

Le problème du siècle, c'est le stress chronique : celui qui ralentit considérablement la neurogenèse et la synaptogenèse.

C'est aussi celui qui provoque une inflammation cérébrale et entretient le dysfonctionnement.

Neurosciences et neuroplasticité : les leviers de la performance executive

L'avancée des neurosciences et le concept de neuroplasticité ont transformé notre compréhension du cerveau humain et ouvert des perspectives concrètes sur la performance des dirigeants. Ce qui précède n'est pas un sujet périphérique de bien-être : c'est la biologie de la décision sous pression, de la charge mentale d'un patron et de la lucidité en Comex.

Ce que la neuroplasticité change pour un dirigeant

La neuroplasticité, c'est-à-dire la capacité du cerveau à se reconfigurer en réponse à de nouvelles expériences, est au cœur des neurosciences modernes. Cette adaptabilité signifie qu'un dirigeant peut, à tout âge, acquérir de nouveaux réflexes de décision, modifier des schémas comportementaux installés et renforcer sa capacité de leadership.

Trois implications directes pour le leadership

Des mécanismes cérébraux aux pratiques de dirigeant

Chaque cerveau étant unique, les protocoles fondés sur la neuroplasticité se déclinent selon le contexte et la charge propres à chaque dirigeant. Plusieurs leviers documentés agissent directement sur le taux de neurogenèse et la régulation émotionnelle :

En synthèse

Les découvertes en neurosciences et le rôle de la neuroplasticité reposent la question de la performance d'un dirigeant sur une base biologique, et non sur des injonctions de bien-être. Votre cerveau est conçu pour s'adapter, croître et se reconfigurer. La marge de manœuvre tient à une décision : traiter votre fonctionnement cérébral comme un actif de performance, au même titre que vos arbitrages stratégiques.

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